Poésies

(Maât)

Mais au débouché des clairières
qui voient l’apparence des choses
donnée en leur apparition
comme elles-mêmes, un lieu peut-il
se dire, portant la marque
d’un fondement, dérobé
au monde-regard.
N’ont-elles que leur ipséité, leur être
à décliner en monstration, leur place
à définir, dans l’ordonnance
du vécu. Qu’est-ce qui permettrait de situer
dans leur devenir au présent
un référent, un point d’ancrage,
qui les saisirait orientées.
Peut-être est-ce bien la mesure,
concernant chaque partie du tout
et légitimant son sens,
veillée par celle qui assemble,
détruit, mais par-dessus tout
génère le temps imparti
à ce qui vient en présence,
depuis son désir d’équilibre,
la justice,
là-bas.

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[Les statues sortent de la mer]

Les statues sortent de la mer.
Ont-elles un visage d’emprunt, après
tout ce temps passé en histoire
sans repères – oui sans doute,
en partie, c’est le nôtre
qui s’y projette. Mais on le sait,
dans la mer se détachent aussi
les pesanteurs d’usage qui se lient aux images
à force de les fréquenter. Elles disent,
ces statues, que de toutes les façons
que nous puissions les comprendre,
elles ne seront jamais connues au cœur,
et c’est bien pour cela
qu’elles nous parlent.

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Figures de proue

Le tonnerre gronde, et des lumières surgissent, au fond de ce qui s’étend, entre les arbres, lesquels portent des fleurs en morceaux. Des pelures d’air emplissent le ciel. Un arc blanc se détache de la terre, dans une demi-brume. Tous ces phénomènes, en tensions, sont générés par un espace, qu’ils constituent aussi bien : ignorant les petits miroirs communs d’entre-soi, le pays du loin est rupture, et il s’exprime pour les exclus. Les pèlerinages à l’île de Cythère ne concernent que les êtres civilisés (ils ont des cannes de cérémonie pour viatiques). Les autres, ceux qui volent au-dessus des toits brûlants, puis les dépassent, pour aller vers leur terme, sont des simples ; et parfois indigents. Ils vivent de futur antérieur. Ils doivent toujours en nourrir le présent, le lieu où les racines s’arc-boutent pour soulever les dalles, afin de le recomposer.

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Quelle que soit l’esseulance

Piocher dans la glèbe pour trouver
l’étalon-or du sentiment ;
ses ailes de rêve le portèrent
jusqu’à la demeure de l’oubli ;
il n’avait pu suivre la loi
qui régit les passions d’ici,
elles ont le banal du ouï-dire.
Espoir ténu, arqueboutance
pourtant ; le ciel tombant comme la neige,
en flocons grisâtres, éperdus ;
la plaine cultivée hostile,
en mer entrechoquant ses glaces ;
(les âmes des autres satisfaites
des braises éteintes) ;
et souffle court, et sans relâche,
mettre à l’écart les plantes à pain
avec le fer,
pour que se découvre, à la longue,
d’entre les mottes,
le beau sensible en irradiance,
la référence de l’épanchement – cœur tendre,
trop tendre,
et raidi dans tes déceptions,
tu es fou, mon cher, quelle raison
pourra-t-elle t’accorder cette justice ?
Mais tant que le monde vivra,
j’irai, quelle que soit l’esseulance,
vers un ailleurs du croire, il sait.

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Pas d’arrêt sur image

Le caravansérail ! Au soir de la journée dure,
brûlées par le soleil, presque lasses à mourir,
les questions de la quête vont pouvoir se poser,
et s’oublier.
Elles sauront bien, demain, reprendre
leur progression vers les confins
de la terre entourée de brumes,
là où le risque transfigure.
Pour l’heure, c’est le gésir, bientôt, de la pensée
qui doit sourdre.
Pourtant, sur les pages qui l’annoncent,
vierges, masquant les ratures
qui disent la tension du voyage,
ils viennent se projeter, ultimes,
les crayonnages du cérébral,
en cortège de mots indistincts.
Ils expriment la voix inconsciente,
hors contrôle et néanmoins sûre,
de l’esprit qui fait encore signe,
témoignant avant qu’il ne sombre.

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Laisser-dire

Il y a, de nouveau, le château sous la lune, au fond du pays. Derrière lui se devine le lac. Sur la lande torturée qui les rejoint, à distance, deux arbres proches l’un de l’autre délimitent un passage, mais très étroit ; et à leur place, par moments, c’est une faille qui s’ouvre dans la terre, transversale, et trop large pour la franchir aisément. Le ciel s’enroule en nuages denses, on ne peut l’emprunter pour éviter les arbres ou la faille. Toutes ces dissuasions sont peut-être bien venues ; le château et la lune doivent rester en leur image, ils ne peuvent qu’être évalués, non touchés.

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D’hélas écholalie

La joie t’a déserté.
Les collines rouges du sang d’enfants de toi non-nés implorent ton horizon.
Mais le temps n’est plus aux gymnopédies.
Au cœur de l’arbre, ah !, tu as cru tes entrailles épaisses –assez pour tendre le cheminement qui se montrait si pâle dans l’aube du sens à toi.
Et puis les fosses malignes s’ouvrirent, les unes après les autres, devant tes pas.
Maintenant, tu vacilles dans le grand sycomore, seul, déjà un peu sec, amer, réduit à piloter tes amourances d’images sur une lande roide, théâtre d’ombres.

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Systole

Temps d’orage en ciel clair – les scintillances marbrées n’augurent pas des aires où les faunes danseraient sur des péans divins. Il y a des blocs de glaise figée qui s’entrechoquent à mi-hauteur de la vue. L’air se parcourt lui-même dans ses malaises. Le métabolisme pourtant croyant, si croyant, de la statue à dégager, est à la peine.

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Ô ascenderies !

Souviens-toi de ces temps fertiles
quand tu marchais dans l’horizon,
et la lumière blanche et tranquille,
de ton désir
du pur, de l’impalpable
espace forlongé de soi,
qui s’effusait, par tes aimées,
les longues échappées hauturières,
en ces pays de grand ouvert
de montagnes, plateaux et déserts,
ceux d’infini rapproché,
ceux qui laissent les sens impensés,
la mouvance légère et sans traces,
qui possèdent un air dénudant
transfigurant, la justesse
des unions du monde
reconnue par l’intime du cœur –
peut-être leurs dieux et aussi
leurs démons, penchés sur ton ombre,
te permettront un jour encore
de t’élancer en exultances
vers leurs terres cristallines, qui furent,
plus qu’une source, un état du simple
où se dit un peu l’éternel

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Voyage en barque

Le soleil peut bien être pâle, il a une résilience de feu. Tous les matins, le pilier djed, tombé à terre au crépuscule, est redressé, afin de renaître à soi. De porter l’échancrure au ciel en degrés des fixes, d’apercevoir, en se tournant, une maison de sol imprimée, d’ouvrir des chambres de décharge, au-dessus de l’espace du cœur, pour lui éviter l’écrasement sous les blocs de déréliction.
Dans le quotidien du nocturne, d’une gueule de lion ornant le lit à une autre, de l’Occident à l’Orient, le soleil va. Il se lèvera, et l’âme le suit, elle croit en lui.
C’est du pays noir du limon, du pays rouge de la roche, là où le monde est familial, que le verbe tire sa nourriture, sa correspondance, son soutien. Car les hommes sont inécoutants, et construisent leurs propres tombeaux avec des regards cimentés. L’hypogée qui reste vivant, lui, est fait de lumière de sang.

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