L’homme rouge

Il marchait sur le pont, dans le bleu lumineux du matin. Il claudiquait légèrement et sa tête, aussi bien, dodelinait, penchée vers le sol. Sa main droite serrait un filet à provisions rempli. Les mèches grises-blanches, sur le crâne, s’échappaient dans tous les sens.
Aux pieds, de gros godillots fatigués. Il portait un imperméable qui, comme lui, à force d’en avoir vu trente-six couleurs, n’en avait plus aucune de spécifique. Si, une seule, pourtant : le rouge. La figure de cet homme était zébrée d’entailles et d’estafilades fraîches – du sang large. On eût dit vraiment des peintures de guerre d’Indiens d’Amérique du nord. Et sur l’imperméable, une pluie de taches plus sombres descendait du col jusqu’à la bordure du bas. Alors, nom d’un chien : que pouvait-il, cet homme rouge, sentir du bleu ?

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