Le coq ne chante plus

Ils montèrent par le sentier du serpent, dans la fournaise, à l’heure méridienne. La crête n’était visible que par une ligne pâle. Les boucles et les courbes se multipliaient sous leurs pas, afin de venir à bout de la paroi presque à pic. Autour du plateau-forteresse, le désert était fractionné en grandes masses tremblantes de lumière et de chaleur. Ils trouvèrent au sommet un site lui aussi en morceaux. Ne subsistaient que pans de murs, fondations, blocs épars. Ils étaient assoiffés du mythe, de l’histoire de la fin d’un monde, héroïque, sanglante, sublimée, au premier siècle de notre ère. Ils cherchaient un verbe obscur, un ingrédient, qui puisse transformer la manne, tellement lénifiante, de leurs jours, en pain de sel revigorant. Ils passèrent de longues heures, devenus des statues liquides, à parcourir cet héritage. A guetter, en eux, sa venue. Mais seul le silence leur parvint. La mémoire pétrée de ce lieu restait dans le minéral ocre – et de la citerne, disposée à l’intention des visiteurs, une eau chaude coulait, repoussante, elle confirmait que le passé non abreuvant est lettre morte.

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