Parce que c’était lui

Il a les yeux clos en courbes un peu relevées en arrière, très douces, qui lui donnent un air presque apaisé. La lèvre supérieure, qui s’étire assez loin avec le mufle, présente la même inclinaison. Mais ensemble, ces trois lignes semblent aussi traduire une sorte d’attente, un désir discret, renforcés, peut-être, par la position des oreilles, bien droites, à l’écoute. Le rose lui va bien, un rose velouté, qui couvre toute la tête qu’on lui voit, à peine grisé sur le museau. En contraste violent, une grande masse de chairs sanguinolentes, derrière les oreilles, et descendant jusqu’au cou, est tout ce qui reste de l’occiput. Il a été décapité jeune, puisque les veaux de boucherie, par définition, ne verront jamais l’âge adulte. Ses restes reposent sur une table blanche banale. Des restes comme une présence de questions, lesquelles seront vite avalées par ceux qui prétendent trouver un goût particulier à cette dépouille

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