In lieblicher Bläue…

Essai de restitution d’un poème de Hölderlin

Ce poème de Hölderlin, In lieblicher Bläue … (En bleu adorable …) est célèbre. Pour la richesse d’inspiration qu’il présente, avant tout. Et aussi pour les problèmes qu’il pose, car sa genèse et sa structure sont incertaines. Il n’a jamais été publié par son auteur (qui ne lui a pas donné de titre, celui sous lequel il est connu représentant ses premiers mots). Il figure dans un roman, dont le héros, un sculpteur devenu fou, ressemble à Hölderlin, sans se confondre totalement avec lui.

Ce roman est dû à Friedrich Wilhelm Waiblinger (1804-1830), un écrivain allemand originaire de Souabe, comme Hölderlin. Le poète, depuis mai 1807, est en pension chez le menuisier Zimmer, à Tübingen (il y restera jusqu’à sa mort, en 1843). Il a été « frappé de folie » quelque temps auparavant. Il vit désormais une existence semi-recluse, tout en continuant à écrire des poèmes, mais sans autre vie sociale que la fréquentation du menuisier et de sa famille, et de quelques visiteurs.

Parmi ceux-ci, Waiblinger. Il est reçu une première fois par Hölderlin en 1822. Il connaît bien son œuvre, et il n’ignore rien de l’affaiblissement mental qui est attribué au poète. Et très vite, il réalise qu’il tient avec lui un sujet de roman. Plusieurs autres visites suivront. Elles vont lui permettre de rassembler tous les éléments pour écrire son livre, qui sera publié sous le titre Phaéton, en 1823 (1), ainsi qu’une biographie, la première consacrée à Hölderlin, qui paraîtra après la mort de Waiblinger, en 1831, Vie, poésie et folie de Friedrich Hölderlin (2) (3).

Waiblinger n’a pas fait mystère de ce qu’il pensait de l’état de Hölderlin, et de la liberté qui aurait été la sienne pour écrire cette biographie, quand bien même le poète était toujours présent en ce monde : « Puisque, de fait, nous ne savons pas s’il est encore seulement du côté de l’existence (…) qu’il ne peut quasiment plus être considéré comme faisant partie du monde des vivants, il n’y aura nul manquement au sentiment et à la bienséance si nous dépeignons publiquement son état » (3). Poète également lui-même (mais plutôt mineur), Waiblinger, pour nourrir ses deux livres, ne pouvait manquer de s’intéresser aux textes écrits par Hölderlin durant la période de « la tour » (le menuisier Zimmer travaillait et vivait avec sa famille dans une tour, au bord du Neckar, au dernier étage de laquelle résidait Hölderlin). Il a ainsi pu s’assurer d’une grande masse de documents. Lors de sa première visite au poète, le 3 juillet 1822, il relate (dans son journal) qu’il a obtenu de la famille Zimmer « un rouleau de ces papiers » (4). Et ultérieurement, il souligne « En Allemagne, je dispose de quantité de ses affaires littéraires et de beaucoup de ce qu’il a écrit durant sa triste vie  » (3). Concernant le poème In lieblicher Bläue…, il est donc plus que vraisemblable que Waiblinger l’a distingué dans la chambre de Hölderlin et l’a utilisé. C’est ce que montre une autre annotation du journal : « J’ai demandé, aussi, l’un de ces feuillets. Il y a de curieuses et fréquentes répétitions à la manière de Pindare : en effet – il parle toujours de souffrance, quand il est compréhensible, d’Œdipe, de la Grèce » (4) (5). On verra plus loin que les thèmes de la souffrance, d’Œdipe, et de la Grèce, figurent bien dans le poème, et contribuent à le singulariser.

Toutefois la question de la datation du poème se pose. Car après tout, il aurait pu être écrit avant la période de la tour, et conservé par Hölderlin. Mais déjà, l’on dispose d’autres poèmes, dont l’inspiration offre beaucoup de points de parenté avec celle de In lieblicher Bläue… et qui sont, eux, quelque peu situés. Le premier, Was ist der Menschen Leben (Qu’est la vie des hommes) (également avec un titre d’emprunt des premiers mots), figure au verso d’une lettre adressée à Hölderlin par Suzette Gontard (surnommée Diotima, le grand amour du poète) et datant du 5 mars 1800. Friedrich Beissner, maître d’œuvre de l’une des deux éditions majeures des œuvres de Hölderlin, dite de Stuttgart, considère que ce poème a été écrit « au plus tard probablement en 1802 » (6). Le second poème (également avec ses premiers mots comme titre), Was ist Gott ? (Qu’est Dieu ?), n’est que très nébuleusement daté par Beissner « avant l’année 1825 » (6). Ces deux poèmes sont estimés par Gerhard Kurz et Wolfgang Braungart avoir été écrits « entre 1803 et 1806 » (7). Mais les responsables de la publication des poèmes après 1806 dans l’autre édition capitale de Hölderlin, celle de Francfort, Michael Franz et D. E. Sattler, retiennent, eux, 1807/1808 : « ils ont dû être produits au début du séjour dans la maison de Zimmer » (8). Quant au poème In lieblicher Bläue…, M. Franz et D. E. Sattler le datent également de 1807/1808 « en raison de la parenté du contenu et du style avec les deux études [les deux poèmes] précédentes » (8). Michael Knaupp, autre « autorité » pour l’œuvre de Hölderlin, va dans le même sens pour ce dernier poème, « probablement en 1807/1808 » (9).

Tour hölderling

La « tour Hölderlin » à Tübingen (Allemagne)

Ces dates de 1807/1808, s’agissant des trois poèmes, devraient emporter la conviction, et l’on peut avancer à cet effet deux raisons supplémentaires au moins. D’abord le style général (vers libres, syntaxe largement pliée aux volontés du poète, thèmes) est bien représentatif de l’inflexion de la poésie de Hölderlin, déjà marquée dans les années 1803-1806, notamment avec les deux poèmes Mnémosyne (Mnemosyne) et la troisième ébauche de Grèce (Griechenland). Ensuite, il n’est pas interdit de penser que Hölderlin, qui était à un tournant capital de sa vie, avec le début de sa prise en charge par la famille Zimmer, en raison de la détérioration de ses facultés, ait voulu, conscient de son affaiblissement, exprimer pour la dernière fois (les poèmes ultérieurs seront marqués par un classicisme répétitif et un « lissage » des thèmes) l’essentiel de son credo existentiel/poétique – ce que montre bien In lieblicher Bläue

Il reste que Friedrich Beissner, lui, ne se prononce pas sur la datation de ce poème ; mais c’est pour une raison de fond , il considère qu’il n’est pas authentique. Pourquoi ? Il faut revenir au roman Phaéton, où ce poème apparaît. Waiblinger parle de son héros : « Voici quelques feuillets de ses papiers, qui donnent en même temps un profond aperçu du terrible état de son esprit dérangé. Dans l’original, ils sont disposés en vers, à la manière de Pindare » (1). S’ensuivent trois segments de prose. Mais peut-on être sûr qu’ils sont entièrement de la main de Hölderlin ? Car la suspicion existe, chez plusieurs auteurs, que Waiblinger ait en partie réécrit le texte d’origine. C’est le cas, notamment, de Friedrich Beissner, dont l’interrogation ne masque pas la conviction d’une transformation véritable : « on peut se demander s’il [Waiblinger] a reproduit les mots de Hölderlin exactement ou s’il n’a pas élargi en brodant à plusieurs reprises » (6). Et pourtant, de ces éventuelles modifications, aucune preuve n’est documentée. Et ce point de vue reste minoritaire. La grande majorité des commentateurs attribuent bien le poème, dans les mots reproduits par Waiblinger, à Hölderlin, même avec quelques inflexions mineures du romancier. Ainsi Franz et Sattler considèrent que « une étude critique aurait donc moins à se pencher sur des modifications intentionnelles du texte que sur des erreurs involontaires et liées à l’état du document de référence » (8) (s’agissant de cette dernière remarque, elle apparaît bien justifiée, car les manuscrits de Hölderlin, souvent, et en tout cas pour les poèmes en vers libres de la dernière période, sont assez difficiles à déchiffrer). Et pour sa part , Ludwig von Pigenot, associé à la première grande édition des œuvres de Hölderlin, celle de Norbert von Hellingrath, estime que «  la participation de Waiblinger, à mon avis, doit être considérée comme tout à fait modeste et se réduit peut-être simplement à la dispersion des vers dans la prose et aux changements dans l’orthographe (…) dans le poème, aucune image, absolument, n’est présente qui ne ferait qu’exprimer le jaillissement de la parole anarchique d’un arbitraire déconcertant (…) , qui ne porterait pas la marque de Hölderlin » (et Pigenot de citer quantité d’images communes entre In lieblicher Bläue… et d’autres poèmes ) (10). Et puis Waiblinger, à plusieurs reprises, dans ses écrits, a souligné que les poèmes (de la dernière période) de Hölderlin étaient dépourvus de sens, il n’a pas eu de mots assez durs, parfois, pour le rappeler, puisqu’ils émanaient, selon lui, d’un esprit malade. Ceux du héros de son roman (figure d’Hölderlin) sont également présentés comme tels. Dès lors, comment pourrait-on expliquer que Waiblinger soit intervenu pour rendre plus « lisible » le poème de Hölderlin et le transcrire dans son roman, puisque ce poème était justement destiné à souligner la pathologie de son héros, donc d’Hölderlin ? L’hypothèse inverse voudrait que Waiblinger ait rendu moins « lisible » le poème, afin qu’il témoigne de cette pathologie… Mais là aussi, on ne comprendrait pas bien la motivation de Waiblinger, parce que si ce poème dans sa forme d’origine ne présentait aucune difficulté particulière de compréhension, était parfaitement sensé aux yeux de Waiblinger, celui-ci ne l’aurait pas retenu.

Au final, on dispose de nombreux autres éléments montrant que le poème de Hölderlin doit bien correspondre à celui du roman : le fait que Waiblinger ait eu en mains propres des poèmes de la tour ; la reprise, dans In lieblicher Bläue…, de thèmes figurant dans un manuscrit obtenu par Waiblinger ; la proximité réelle entre les trois poèmes In lieblicher Bläue…, Was ist der Menschen Leben et Was ist Gott ?, l’authenticité des deux derniers ne souffrant aucune équivoque (on en possède les manuscrits). Et s’agissant de In lieblicher Bläue…, Adolph Beck, responsable des documents de l’édition de Stuttgart, ne craignant pas de contredire Friedrich Beissner dans cette même édition, peut même écrire : « On doit pourtant créditer Hölderlin en confiance. Qui d’autre, sinon lui, aurait pu former les premières phrases ? Pas même un plagiaire subtil » (11).

Se pose une question supplémentaire, relative à la présentation en trois sections du poème. Adolph Beck reproduit plusieurs pages de Phaéton, et à l’issue de la phrase « … Dans l’original, ils sont disposés en vers, à la manière de Pindare », il annonce les trois sections sous un titre, pour chacune, correspondant à ses premiers mots (In lieblicher Bläue, Gibt es auf Erden ein Maaβ ? et Wenn einer in den Spiegel siehet ) (11). Il semble donc considérer qu’il s’agit de trois poèmes, individualisés. F. Beissner peut aussi bien surenchérir : « Il n’est même pas possible d’établir s’il s’agit d’un poème unique en trois parties – malgré la cohérence apparemment introduite par les thèmes de la mesure et de la Grèce » (6). Et d’avancer aussi que reconstituer le poème en vers et en strophes, tel qu’Hölderlin aurait pu le coucher sur le papier, « manque par conséquent de tout calcul du statut » (6) (12). Beck va dans le même sens : « l’essai de répartir les trois sections à la manière de Pindare était certainement risqué et inutile, d’autant plus que Waiblinger était intervenu çà et là » (11). Beck vise ainsi, sans doute, particulièrement, Ludwig von Pigenot, qui avait été un précurseur dans la reconstitution du poème en trois sections à la manière de Pindare (10). Mais l’on peut penser, contrairement à l’opinion de Beissner et de Beck, que ces trois sections manifestent entre elles une vraie cohérence, une vraie unité, qui sont celles d’un seul et même poème. A cet égard, l’articulation entre le thème central du premier segment (la mesure de l’homme au regard de la divinité), celui du second segment (le désir de l’homme de dépasser sa nature) et celui du troisième segment (la souffrance qu’induit ce désir), cette articulation est manifeste. Elle a bien été perçue comme telle par des auteurs, comme Heidegger (13), qui ont tenté une exégèse du texte.

Reste alors une autre interrogation, celle de la forme originelle du poème. On sait que Hölderlin était un grand admirateur de Pindare (518-438 av. J.C.), le plus célèbre et sans doute le plus grand poète lyrique de la Grèce antique. Il a traduit plusieurs de ses odes (14) et plusieurs aussi de ses propres poèmes sont inspirés de Pindare. Waiblinger nous dit donc que le texte de son héros était disposé à l’origine en vers. Mais il donne ce texte en prose. En sus de celle de Pigenot, plusieurs tentatives ont été faites pour retrouver la forme première du poème. La métrique particulière de Pindare, on sait dans quelle mesure Hölderlin en a été redevable (il y a un avant et un après Pindare chez Hölderlin) : si l’articulation générale des odes de Pindare est rigoureuse (la plupart du temps, sur le mode strophe-antistrophe-épode, les odes monostrophiques étant minoritaires), la déclinaison est celle des vers libres, avec des chevauchements et des renvois fréquents. C’est de la prose versifiée (15). En d’autres termes, la scansion, ce que d’aucuns ont pu appeler « la gestuelle » (16) est celle des répons des mots les uns aux autres, en termes de signification et de sonorité. Hölderlin, dans ses traductions, a suivi exactement le texte grec proposé par Christian Gottlob Heyne, l’un des éditeurs/traducteurs de Pindare à cette époque, un texte se caractérisant par des vers courts, voire très courts, et donc des odes au lignage important (17). Mais Hölderlin, dans ses propres poèmes dont la syntaxe est marquée par celle de Pindare, ne respecte pas toujours, loin s’en faut, cette métrique. La longueur des vers peut être très inégale, il s’agit avant tout de créer un rythme, et seul le poète en est juge. Outre Mnémosyne et Grèce (parmi plusieurs autres poèmes de la même époque), Was ist der Menschen Leben et Was ist Gott ? témoignent bien de cette contexture.

Au final, une autre remarque se dégage de la traduction donnée infra pour In lieblicher Bläue… C’est après avoir transcrit en vers libres la prose du texte que l’auteur de cette étude s’est aperçu de la concordance du nombre de vers, pour chaque groupe d’entre eux, avec le nombre de lignes de ce poème , pour chaque section correspondante, dans l’édition originale du roman Phaéton (1). 31 vers/lignes pour la première strophe/première section, 31 vers/lignes pour ce qui constitue l’antistrophe/deuxième section, et 27 vers/lignes pour l’épode/troisième section. Sur ce qui ne s’apparente certainement pas tout à fait au hasard, il serait hors de propos, ici, d’épiloguer. Tout au plus peut-on souligner qu’une structure spécifique, comparable en vers et en prose, semble se dégager de ce poème. « A la manière de Pindare », cette traduction est de toutes façons fidèle, à la fois pour la liberté syntaxique et le respect de l’architecture générale (strophe, antistrophe, épode).

 

Voici maintenant des traductions proposées pour Was ist der Menschen Leben et Was ist Gott ? et concernant In lieblicher Bläue…, une mise en vers du texte de prose allemand et une traduction.

 

 

 

 

Was ist der Menschen Leben

 

Was ist der Menschen Leben        ein Bild der Gottheit.

Wie unter dem Himmel wandeln die Irrdischen alle, sehen

Sie diesen. Lesend aber gleichsam, wie

In einer Schrift, die Unendlichkeit nachahmen und den Reichtum

Menschen. Ist der einfältige Himmel

Denn reich ?Wie Blüthen sind ja

Silberne Wolken. Es regnet aber von daher

Der Thau und das Feuchtere.Wenn aber

Das Blau ist ausgelöschet, das Einfältige, scheint

Das Matte, das dem Marmelstein gleichet, wie Erz,

Anzeige des Reichtums.

 

Qu’est la vie des hommes

 

Qu’est la vie des hommes        une image de la divinité.

Alors qu’ils errent sous le ciel, tous les terrestres

La voient. Mais en lisant, pour ainsi dire, comme

Dans un écrit, l’infinité ils reproduisent et la richesse,

Les hommes. Le ciel simple est-il

Donc riche ? Oui, comme des fleurs, sont

Les nuages d’argent. Mais de par-là, il pleut

La rosée et le plus humide. Mais quand

Le bleu est effacé, le simple, brille

Le mat, qui ressemble à du marbre, comme l’airain,

Annonce de la richesse.

 

 

 

Was ist Gott ?

 

Was ist Gott ? unbekannt, dennoch

Voll Eingenschaften ist das Angesicht

Des Himmels von ihm. Die Blize nemlich

Der Zorn sind eines Gottes. Jemehr ist eins

Unsichtbar,        schiket es sich in Fremdes. Aber der Donner

Der Ruhm ist Gottes. Die Liebe zur Unsterblichkeit

Das Eigentum auch, wie das unsere,

Ist eines Gottes.

 

Qu’est Dieu ?

 

Qu’est Dieu ? inconnu, pourtant

Pleine d’attributs relevant de lui

Est la face du ciel. Les éclairs en effet

Sont la colère d’un dieu. Plus l’un

Est invisible,        il se fait à l’étranger. Mais le tonnerre

Est la gloire de Dieu. L’amour de l’immortalité

Est aussi la propriété, comme la nôtre,

D’un dieu.

 

Hölderling

Portrait de Hölderlin âgé, d’après la gravure de l’édition 1843 G. et C. Schwab des poèmes de Hölderlin.

 

 

In lieblicher Bläue…

 

In lieblicher Bläue blühet mit dem metallenen Dache

Der Kirchturm. Den umschwebet Geschrei der Schwalben,

Den umgiebt die rührendste Bläue. Die Sonne gehet hoch

Darüber und färbet das Blech, im Winde aber oben stille krähet

Die Fahne. Wenn einer unter der Gloke dann herabgeht,

Jene Treppen, ein stilles Leben ist es, weil,

Wenn abgesondert so sehr

Die Gestalt ist, die Bildsamkeit herauskommt dann

Des Menschen. Die Fenster, daraus die Gloken tönen,

Sind wie Thore an Schönheit. Nemlich, weil noch

Der Natur nach sind die Thore, haben diese

Die Ähnlichkeit von Bäumen des Walds.

Reinheit aber ist auch Schönheit.

Innen aus Verschiedenem entsteht

Ein ernster Geist. So sehr einfältig aber die Bilder,

So sehr heilig sind die, daβ man wirklich oft fürchtet

Die zu beschreiben. Die Himmlischen aber,

Die immer gut sind, alles zumal, wie Reiche,

Haben diese, Tugend und Freude.

Der Mensch darf das nachahmen. Darf, wenn lauter Mühe

Das Leben, ein Mensch aufschauen und sagen:

So will ich auch seyn ? Ja. So lange

Die Freundlichkeit noch am Herzen, die reine, dauert,

Misset nicht unglüklich der Mensch sich

Mit der Gottheit. Ist unbekannt Gott ?

Ist er offenbar wie die Himmel ? dieses glaub’ich eher.

Des Menschen Maaβ ist’s. Voll verdienst, doch dichterisch,

Wohnet der Mensch auf dieser Erde.

Doch reiner ist nicht der Schatten der Nacht

Mit den Sternen, wenn ich sagen könnte, als

Der Mensch, der heiβet ein Bild der Gottheit.

 

Giebt es auf Erden ein Maaβ ? Es giebt keines. Nemlich

Es hemmen den Donnergang nie die Welten des Schöpfers.

Auch eine Blume ist schön, weil sie bluhet unter

Der Sonne.Es findet das Aug’ oft im Leben wesen,

die viel schöner noch zu nennen wären als

Die Blumen. O! ich weiβ das wohl ! Denn zu bluten

Am Gestalt und Herz, und ganz nicht mehr zu seyn,

Gefällt das Gott ? Die Seele aber,

Wie ich glaube, muβ rein bleiben, sonst reicht

An das Mächtige auf Fittigen der Adler

Mit lobendem Gesange und der Stimme

So vieler Vögel. Es ist die Wesenheit, die Gestalt ist’s.

Du schönes Bächlein, du scheinest rührend, indem

Du rollest so klar, wie das Auge der Gottheit,

Durch die Milchstraβe. Ich kenne dich wohl, aber

Thränen quillen aus dem Auge. Ein heiteres Leben seh’ich

In den Gestalten mich umblühen der Schöpfung, weil

Ich es nicht unbillig vergleiche den einsamen Tauben

Auf dem Kirchhof. Das Lachen aber scheint mich zu grämen

Der Menschen, nemlich ich hab’ein Herz. Möcht’ ich

Ein Komet seyn ? Ich glaube. Denn sie haben

Die Schnelligkeit der Vögel ; sie blühen

An Feuer, und sind wie Kinder an Reinheit. Gröβeres

Zu wünschen, kann nicht des Menschen Natur

Sich vermessen. Der Tugend Heiterkeit

Verdient auch gelobt zu werden

Vom ernsten Geiste, der zwischen den drei Säulen

Wehet des Gartens. Eine schöne Jungfrau muβ

Das Haupt umkränzen mit Myrthenblumen,

Weil sie einfach ist ihrem Wesen nach

Und ihrem Gefühl. Myrthen giebt es aber in Griechenland.

 

Wenn einer in den Spiegel siehet, ein Mann, und

Siehet darin sein Bild, wie abgemahlt; es gleicht

Dem Manne. Augen hat des Menschen Bild,

Hingegen Licht der Mond. Der König Oedipus hat

Ein Auge zu viel vieleicht. Diese Leiden dieses Mannes,

Sie scheinen unbeschreiblich, unaussprechlich, unausdrüklich.

Wenn das Schauspeil ein solches darstellt, kommt’s

daher. Wie ist mir’s aber, gedenk’ich deiner jezt ?

Wie Bäche reiβt das Ende von Etwas mich dahin,

Welches sich wie Asien ausdehnet. Natürlich dieses

Leiden, das hat Oedipus. Natürlich ist’s darum.

Hat auch Herkules gelitten ? Wohl. Die Dioskuren

In ihrer Freundschaft haben die nicht

Leiden auch getragen ? Nemlich wie Herkules mit Gott

Zu streiten, das ist Leiden. Und die Unsterblichkeit

Im Neide dieses Lebens, diese zu theilen,

Ist ein Leiden auch. Doch das ist auch

Ein Leiden, wenn mit Sommerfleken ist bedekt

Ein Mensch, mit manchen Fleken

Ganz überdekt zu seyn ! Das thut die schöne Sonne:

Nemlich die ziehet alles auf.

Die Jüngliche führt die Bahn sie mit Reizen ihrer

Stralen wie mit Rosen. Die Leiden scheinen so,

Die Oedipus getragen, als wie ein armer Mann klagt,

Daβ ihm etwas fehle. Sohn Laios, armer Fremdling

In Griechenland ! Leben ist Tod,

Und Tod ist auch ein Leben.

 

En bleu adorable…

 

En bleu adorable fleurit, de son toit métallique,

Le clocher. Plane, autour de lui, le cri des hirondelles,

L’entoure le plus touchant des bleus. Le soleil, au-dessus,

Monte et colore la tôle, mais en haut, dans le vent, tranquille, chante

La girouette. Quand quelqu’un, alors, sous la cloche descend,

Ces marches, c’est une vie paisible, car

Lorsque la forme se distingue

A ce point, la plasticité, alors, ressort

De l’homme. Les fenêtres, d’où les cloches résonnent,

Sont comme des portes sur la beauté. En effet, car

De la nature relèvent encore les portes, qui ont

La ressemblance des arbres de la forêt.

Mais pureté est aussi beauté.

Du sein de la diversité se forme

Un esprit grave. Mais si simples, les images,

Tellement sacrées, sont-elles, que l’on a peur, vraiment, souvent,

De les décrire. Mais les célestes,

Qui sont toujours bons, les possèdent,

Elles, la vertu et la joie.

A l’homme, il est permis de reproduire cela. Quand la vie

N’est que fatigue, est-il permis à un homme de lever les yeux et de dire :

Tel voudrais-je être, aussi ? Oui. Aussi longtemps

Que la bienveillance, la pure, lui subsiste au cœur,

Non sans bonheur se mesure l’homme

A la divinité. Dieu est-il inconnu ?

Est-il évident comme le ciel – je crois plutôt cela.

Telle est la mesure de l’homme. Plein de mérite, poétiquement,

Pourtant, sur cette Terre habite l’homme.

Mais l’ombre de la nuit n’est pas plus pure

Avec les étoiles, si je puis dire, que l’homme,

Qu’on appelle une image de la divinité.

 

Est-il sur Terre une mesure ? Il n’en est aucune. En effet,

Ils n’entravent jamais le cours du tonnerre, les mondes du créateur.

De même, une fleur est belle, parce qu’elle fleurit

Sous le soleil. Il trouve souvent, l’œil, dans la vie,

Des êtres qui seraient encore plus beaux à nommer

Que les fleurs. Oh ! Je le sais bien ! Car à saigner

De la forme et du cœur, et ne plus être entier,

Cela plait-il à Dieu ? Mais l’âme,

Comme je le crois, doit rester pure, sinon

Il monte au puissant, l’aigle, de ses ailes,

Avec des chants élogieux et la voix

De tant d’oiseaux. Cela est l’essence, la forme, c’est cela.

Toi le joli ruisselet, tu sembles émouvant

En roulant si clair, tel l’œil de la divinité,

Par la voie lactée. Je te connais bien, mais des larmes

Coulent de l’œil. Une vie sereine, je la vois

Dans les formes de la création fleurir autour de moi, car

Non injustement je la compare aux colombes solitaires

Au cimetière. Mais le rire des hommes semble m’affliger,

En effet j’ai un cœur. Voudrais-je être

Une comète ? Je crois. Car elles ont

La vélocité de l’oiseau ; elles fleurissent

De feu, et sont en pureté, comme les enfants. Souhaiter

Quelque chose de plus grand, la nature de l’homme

Ne peut y prétendre. La sérénité de la vertu

Mérite aussi d’être louée

Par l’esprit grave, lequel, entre les trois colonnes,

Souffle, du jardin. Une belle jeune fille

Doit couronner son front de fleurs de myrtes,

Car elle est simple, par essence

Et de sentiments. Mais les myrtes, on les trouve en Grèce.

 

Si quelqu’un voit dans le miroir un homme,

Et y voit son image, comme dépeinte, elle ressemble

A l’homme. L’image de l’homme a des yeux,

La lune, par contre, de la lumière. Le roi Œdipe

A un œil de trop, peut-être. Les douleurs de cet homme

Semblent indescriptibles, inexprimables, indicibles.

Lorsque le drame exprime une chose semblable, ça vient

De là. Mais qu’en est-il de moi, songeant à toi, maintenant ?

Tels des ruisseaux m’emporte la fin de quelque chose, là-bas,

Qui s’étend comme l’Asie. Naturellement

Cette douleur, qui saisit Œdipe. Naturellement, c’est pour cela.

A-t-il, lui aussi, Hercule, souffert ? Certes. Les Dioscures,

Dans leur amitié, n’ont-ils aussi,

Les douleurs, supporté ? En effet, comme Hercule, avec Dieu

Lutter, c’est douleur. Et l’immortalité

Dans l’envie de cette vie, y prendre part,

C’est aussi une douleur. Mais il y a également

Douleur, quand de taches de rousseur est couvert

Un homme, de maintes taches

Être entièrement recouvert ! C’est ce que fait le beau soleil :

En effet, il tire tout vers le haut.

Il met les jeunes gens sur leur voie, en les charmant

De ses rayons, comme avec des roses. Les douleurs ressemblent,

Celles qu’Œdipe supporta, à la plainte d’un pauvre homme,

Qui manque de quelque chose. Fils de Laios, pauvre étranger

En Grèce ! La vie est mort,

Et la mort est aussi une vie.

 

 

 

 

 

Références

 

(1) Phaëton von F.W.Waiblinger, Stuttgart Verlag von Friedrich Franckh, 1823.

(2) Friedrich Hölderlin’s Leben, Dichtung und Wahnsinn von Wilhelm Waiblinger in Zeitgenossen: ein biographisches Magazin für Geschichte unserer Zeit, herausgegeben unter Verantwortlichkeit der Verlagshandlung von Christian August Hasse. 3.Reihe, 3.Band, Nr XVII-XXIV, Leipzig, Brockhaus, 1831. Publication en français: Wilhelm Waiblinger, Vie, poésie et folie de Friedrich Hölderlin, traduit par Lionel Duvoy, Alia, 2010 (3).

(4) Le choix de la préposition ‘en effet’ (‘nehmlich’) par Waiblinger ne semble pas fortuit. Outre sa justification dans la phrase, il pourrait faire référence à l’usage qu’en fait Hölderlin, à plusieurs reprises, dans le feuillet/poème (et dans d’autres poèmes, aussi bien).

(5) Die Tagebücher 1821-1826, Wilhelm Waiblinger, in Zusammenarbeit mit Erwin Breitmeyer, herausgegeben von Herbert Meyer, Stuttgart, E. Klett, 1956.

(6) Hölderlin. Sämtliche Werke herausgegeben von Friedrich Beissner, 2.Band, Gedichte nach 1800, 2.Hälfte, Lesarten und Erläuterungen, Stuttgart, Verlag W.Kohlhammer, 1951.

(7) Friedrich Hölderlin. Gedichte herausgegeben von Gerhard Kurz in Zusammenarbeit mit Wolfgang Braungart, Nachwort von Bernhard Böschenstein, Philipp Reclam Jun., Stuttgart 2000.

(8) Friedrich Hölderlin. Sämtliche Werke herausgegeben von Michael Franz und D.E.Sattler, Band 9, Dichtungen nach 1806, Mündliches, Frankfurt a.M., Stroemfeld/Roter Stern, 1983.

(9) Friedrich Hölderlin. Sämtliche Werke und Briefe III herausgegeben von Michael Knaupp, Carl Hanser Verlag, München, 1983.

(10) Hölderlin. Sämtliche Werke. Historisch-kritische Ausgabe. Begonnen durch Norbert v. Hellingrath. Fortgeführt durch Friedrich Seebass und Ludwig v. Pigenot. Sechster Band. Besorgt durch Ludwig v. Pigenot und Friedrich Seebass. Dichtungen-Jugendarbeiten-Dokumente. 1923 Berlin, Propyläen-Verlag.

(11) Hölderlin. Sämtliche Werke herausgegeben von Friedrich Beissner, 7.Band, 3.Teil, Dokumente. Herausgegeben von Adolph Beck, Dokumente 1822-1846, Stuttgart, Verlag W.Kohlhammer, 1974.

(12) La formulation de « calcul du statut » (« gesezlichen Kalkul ») est tirée des Remarques sur Œdipe de Hölderlin. Le poète l’avait employée à propos de l’exigence de principes et de cadres pour la poésie.

(13) Martin Heidegger, Hölderlin et l’essence de la poésie, TEL Gallimard 1973 et «  … l’homme habite en poète… » in Essais et Conférences, TEL Gallimard, 1980.

(14) Les deux éditions contemporaines majeures, celle de Francfort et celle de Stuttgart, donnent les traductions. L’édition de Francfort est plus complète, puisqu’elle offre également le texte grec de Pindare : Friedrich Hölderlin. Sämtliche Werke. Band 15. Pindar. Nach Vorarbeiten von Michael Franz und Michael Knaupp, herausgegeben von D.E.Sattler, Frankfurt a.M., Stroemfeld/Roter Stern, 1987.

(15) Ceci apparaît on ne peut plus clairement dans la traduction de Jean-Paul Savignac, Pindare. Œuvres complètes (texte bilingue), Editions de la Différence, 1990.

(16) Hölderlin’s Pindar : The Language of Translation, David Constantine, The Modern Language Review, N°4 (oct.1978).

(17) Pindari Carmina Cum Lectionis Varietate et Adnotationibus. Iterum Curavit. Chr. Gottl. Heyne, Volumen I, Gottingae, MDCCXCVIII (1798).

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